Dans ce point, il sera question de passer en revue les caractéristiques et l'implantation du peuple de l'Ituri.
Les documents officiels fournis par l'Administration du district de l'Ituri établissent que la population est répartie entre 18 groupes ethniques, dont : les Lendu et leur sous-groupe des Ngiti ou Lendu du Sud, les Hema et leur sous-groupe des Hema du Nord ou Gegere; les Bira, les Alur, les Ndo Okebo, les Lugbara, les Mambissa et les Nyali. L'effectif de chacun de ces groupes varie considérablement selon les estimations, mais les Alur considèrent que leur groupe est le plus nombreux et pourrait représenter jusqu'à 25 % de la population de l'Ituri, les Lendu venant en deuxième position.
a) Occupation spatiale des peuples
Au cours de l'histoire de l'Afrique, les populations ont entrepris des migrations de grande envergure. Lors de ces migrations qui ont eu lieu au 16e siècle, certains peuples n'ont pas continué leur itinéraire et se sont installés en Ituri . C'est pourquoi, on y rencontre des groupes fort hétérogènes : des Bantous, des Nilotiques, des Soudanais et des Pygmées.
- Les Pygmées
Considères comme les premiers occupants de l'Ituri voire du Congo, ils se sont éparpillés dans les trois provinces du pays (les Aska dans la province de l'Equateur, le Bastwa dans l'Ituri les Mbuti dans la forêt d'Irumu).
-Les soudanais
Constitués par les Walendu, les Mabendi, les Lugbara et les kaliko. Quant aux walese, de souche soudanaise, ils habitent la forêt équatoriale et sont fortement bantouistes.
Les soudanais du nord à savoir les Lugbara et les kaliko habitent d'Aru, ils sont agriculteurs et éleveurs. Ce peuple partage la frontière avec l'Ouganda et le Soudan où se trouvent leurs frères avec qui ils ont les mêmes us et coutumes. Cette proximité permet des relations tant sociales qu'économiques.
- les bantous
Ceux-ci sont représentés par les bira qui vivent dans les régions de savane, les Bila dans la foret, les nyali de Kilo et de Chabi, les Bombo et les Ndaka du territoire de mambasa.
Les Bira s'adonnent à l`agriculture d'autosubsistance et au petit élevage. Voisins des pasteurs Hema et par complémentarité, certains Bira pratiquent l'élévge de gros bétails. Les Nyali seraient arrivés en Ituri après les pygmées. Suite à des nombreuses migrations, ils s'enfoncèrent vers la forêt (ceux de kilo) où ils cultivent les bananeraies. Les bombos et les Ndaka auraient une parenté avec les Nyali et les Budu du territoire de Wamba.
-les nilotiques
Les peuples nilotiques de l'Ituri comprennent les Alur, les Hema, les Kakwa et les Mambisa. Les Alur sont des agro-pasteurs et habitent le territoire de Mahagi. Ceux installés près du lac, se livrent à la pêche. Les Hema anciennement pasteurs de tradition retrouvent aujourd'hui repartis sur trois territoires (Irumu, Mahagi et Djugu).
Les Hema de Mahagi ont perdu leur langue et ont fusionné la culture alur.
Quant à ceux de Djugu, eux aussi parlent le kilendu au détriment de Kinyoro et ont pour activité principale l'agriculture et le petit élevage (chèvre, mouton, porc et volaille).
La tradition d'élevage de bovin a presque disparu suite à l'absence de terrain pour les pâturages et à antagonisme entre agriculteurs et éleveurs.Les Hema d'Irumu demeurent des pasteurs de gros bétail.
Les rapports entre ces différents groupes, particulièrement entre Hema et Lendu sont caractérisés par des tensions permanentes. Sous le régime colonial belge, en effet, les Hema ont bénéficié d'un favoritisme qui leur a notamment ouvert les portes des séminaires et de l'école publique et qui leur a facilité l'accès à des postes de cadre, tandis que les Lendu étaient systématiquement traités comme des travailleurs manuels. Par ce « favoritisme ethnique » qu'il pratiquait dans quasiment tous les domaines, y compris dans les rangs de l'administration et au sein du clergé catholique, la puissance coloniale a creusé les inégalités sociales entre les divers groupes ethniques de la région. Et lorsqu'elle s'est retirée du Congo, elle a laissé derrière elle en Ituri une élite hema.
Ces luttes pour le pouvoir et ces préjugés ethniques sont venus se greffer sur la question foncière. Dans le territoire de Djugu, la plus grande partie des terres des collectivités lendu des Walendu-Pitsi et des Walendu-Djatsi, sont divisées en concessions appartenant à quelques membres privilégiés de la communauté hema qui emploient des ouvriers lendu. Dans les zones plus pauvres et dans les zones rurales, les communautés hema et lendu vivaient généralement en bonne intelligence et les mariages interethniques étaient fréquents.Les concessions qui appartenaient à des étrangers (les colons) et se trouvaient dans des collectivités lendu, principalement dans le territoire de Djugu, étaient exploitées dans le cadre d'un accord entre le colon et la collectivité aux termes duquel le concessionnaire était autorisé à exploiter la terre moyennant paiement d'une redevance spéciale au chef coutumier de la collectivité.